un atelier d'argile et d'écriture

Sentir ses mains sa peau et le pouce frotte et le son bruisse                                                                     des doigts vibrent il y a comme un souffle tranquille l’air est plus dense étire…

La pendule fait diligence et égrène des secondes qu’on ne lui demande pas

Entêtement syncopé montres molles

Qui de la terre ou du temps mène la danse ?

Minuterie mutinerie elles n’en ont que faire et n’entendent que le silence sonore de cette caresse de terre prise en main

Entre pouce et index, la paume s’élargit on dirait une plaine                                                                                               et ses affluents de rivière

Sillons qui remontent le cours jusqu’au cristal de roche jusqu’au silex de l’ongle

Laisser les mains faire

La pendule maugrée, cramponne son mur vertical

« comment est-elle montée jusque là ?» dit l’enfant 

« est-ce que les heures tombent par terre si on la tourne à l’envers ?»  

« est-ce que les aiguilles piquent et font saigner le doigt de … ? »

 

« Tiens, ils se sont endormis » remarque l’enfant et il sort de la pièce et dehors il fait chaud.

Mais quelque chose de lui est demeuré et les mains de chacune le savent et l’accueillent, ce souffle de l’enfance plaisirs de sable, enfoncements dans les forêts des rêves

Faire forme de rien                                                                         

rien faire

être

Puisque Etre s’écrit

avec  lettres de Terre

l'it

rester dans le lit

it is

if you

je tue il nous vous

corps objet, à la lecture de quoi

Il apparait

Invité de passage, venu du XVIIIème siècle pour nous aider en quelques mots à résumer la chose... 

  

Madame quel est votre mot
Et sur le mot et sur la chose
On vous a dit souvent le mot
On vous a fait souvent la chose

Ainsi de la chose et du mot
Vous pouvez dire quelque chose
Et je gagerais que le mot
Vous plaît beaucoup moins que la chose

Pour moi voici quel est mon mot
Et sur le mot et sur la chose
J'avouerai que j'aime le mot
J'avouerai que j'aime la chose

Mais c'est la chose avec le mot
Mais c'est le mot avec la chose
Autrement la chose et le mot 
A mes yeux seraient peu de chose

Je crois même en faveur du mot
Pouvoir ajouter quelque chose
Une chose qui donne au mot 
Tout l'avantage sur la chose

C'est qu'on peut dire encore le mot
Alors qu'on ne fait plus la chose
Et pour peu que vaille le mot
Mon Dieu c'est toujours quelque chose

 

De là je conclus que le mot
Doit être mis avant la chose
Qu'il ne faut ajouter au mot
Qu'autant que l'on peut quelque 
chose

Et que pour le jour où le mot
Viendra seul hélas sans la chose 
Il faut se réserver le mot
Pour se consoler de la chose

Pour vous je crois qu'avec le mot
Vous voyez toujours autre chose
Vous dites si gaiement le mot
Vous méritez si bien la chose

Que pour vous la chose et le mot
Doivent être la même chose
Et vous n'avez pas dit le mot
Qu'on est déjà prêt à la chose

Mais quand je vous dis que le mot
Doit être mis avant la chose
Vous devez me croire à ce mot
Bien peu connaisseur en la chose

Et bien voici mon dernier mot
Et sur le mot et sur la chose
Madame passez-moi le mot
Et je vous passerai la chose

écrit par L'Abbé de Lattaignant (1697-1779)